Depuis 2020, les rapports officiels américains ne parlent plus d’OVNI mais d’UAP. En France, le CNES utilise depuis 1977 le terme de PAN. Et le grand public continue de dire OVNI, ou UFO en anglais. Ces sigles ne sont pas de simples synonymes : chacun traduit une époque et une façon d’aborder le phénomène. Voici ce qu’ils signifient, d’où ils viennent et pourquoi le vocabulaire a changé.
Les sigles en un coup d’œil
| Sigle | Signification | Utilisé par | Depuis |
|---|---|---|---|
| UFO | Unidentified Flying Object | US Air Force, puis le grand public | début des années 1950 |
| OVNI | objet volant non identifié | traduction française de UFO | années 1950 |
| PAN | phénomène aérospatial non identifié | CNES (GEPAN, SEPRA, GEIPAN) | 1977 |
| UAP (1) | Unidentified Aerial Phenomena | US Navy, Pentagone | 2020 |
| UAP (2) | Unidentified Anomalous Phenomena | Congrès, AARO, NASA | fin 2022 |
UFO et OVNI : l’« objet » qui posait problème
Le sigle UFO est popularisé au début des années 1950 par le capitaine Edward Ruppelt, qui dirige alors le Project Blue Book de l’US Air Force. Il remplace l’expression « soucoupe volante », jugée trop connotée. Le problème, c’est que le mot « objet » suppose déjà qu’il y a un engin matériel. Or la plupart des observations concernent des lumières, des reflets, des formes floues : rien ne prouve qu’il y ait un objet.
Avec le temps, OVNI et UFO sont devenus des synonymes d’« engin extraterrestre » dans le langage courant, ce qui rendait difficile d’en parler sérieusement, notamment pour les pilotes qui hésitaient à signaler ce qu’ils avaient vu.
PAN : le choix français de 1977
Quand le CNES crée le GEPAN à Toulouse en 1977, il choisit un vocabulaire neutre : phénomène aérospatial non identifié. On parle d’un phénomène, pas d’un objet, et il est « non identifié » au moment de l’observation, pas forcément inexplicable. Le GEPAN devient le SEPRA en 1988, puis le GEIPAN en 2005, qui publie ses enquêtes en ligne.
Le GEIPAN classe chaque cas en quatre catégories :
- PAN A : phénomène identifié avec certitude ;
- PAN B : phénomène probablement identifié ;
- PAN C : non identifiable faute d’informations suffisantes ;
- PAN D : non identifié malgré des données de bonne qualité.
Les cas D ne représentent qu’une petite part des dossiers, de l’ordre de 3 %. Ce sont eux qui intéressent les chercheurs, mais « non identifié » ne veut pas dire « extraterrestre » : cela signifie qu’aucune explication n’a pu être démontrée avec les éléments disponibles.
UAP : pourquoi le Pentagone a changé de mot
En août 2020, le département de la Défense américain crée l’Unidentified Aerial Phenomena Task Force. Le mot UAP s’impose alors dans les documents officiels, dans la foulée de la publication des vidéos de l’US Navy prises par des pilotes de F/A-18. L’objectif est clair : traiter ces observations comme une question de sécurité aérienne et de renseignement, et encourager les signalements en retirant la connotation « soucoupe volante ».

Fin 2022, la loi de programmation militaire américaine pour 2023 élargit la définition : le A de UAP devient « anomalous ». Le terme couvre désormais les phénomènes observés dans l’air, dans l’espace, sous la mer, et ceux qui sembleraient passer de l’un à l’autre. La même année, en juillet 2022, le Pentagone crée l’AARO, le bureau chargé d’enquêter sur ces signalements pour l’ensemble des administrations. La NASA reprend le même vocabulaire pour son étude indépendante publiée en septembre 2023.
Ce que disent les données officielles
Les rapports publiés depuis 2021 vont tous dans le même sens :
- En juin 2021, le rapport préliminaire du renseignement américain recense 144 observations militaires entre 2004 et 2021, et n’en explique qu’une, un ballon.
- Depuis, les signalements se sont multipliés : selon le rapport annuel consolidé de l’AARO pour l’exercice 2024, publié le 14 novembre 2024, le bureau avait recensé 1 652 cas au 24 octobre 2024. La majorité de ceux qui ont été résolus correspondent à des ballons, des oiseaux, des drones, des satellites ou des avions.
- En mars 2024, le premier volume de son rapport historique conclut qu’aucune enquête du gouvernement américain n’a confirmé qu’un UAP soit une technologie extraterrestre.
- Une part des cas reste inexpliquée, souvent parce que les données sont trop pauvres pour conclure.
Ces conclusions sont contestées par une partie des témoins et par certains lanceurs d’alerte, comme David Grusch, qui a témoigné sous serment devant le Congrès en 2023. Notre dossier sur les auditions du Congrès sur les UAP fait le point sur ce qui a été affirmé et sur ce qui a été démontré. Et depuis mai 2026, les publications du programme PURSUE sont détaillées dans notre article sur les dossiers OVNI rendus publics par l’administration Trump.
Drones : le nouveau visage des UAP
La dernière évolution est la plus concrète. En 2024 et 2025, des survols de drones non identifiés au-dessus d’aéroports, de bases militaires et d’infrastructures sensibles ont été signalés aux États-Unis, notamment dans le New Jersey, puis dans plusieurs pays européens, dont le Danemark et la Belgique. Dans les statistiques de l’AARO, les drones figurent déjà parmi les explications les plus fréquentes des cas résolus.
Pour un observateur au sol, la difficulté est réelle : de nuit, un drone équipé de feux ressemble à un avion lointain, à un satellite ou à une étoile. Sa trajectoire, en revanche, le trahit souvent : arrêts, changements de direction, vol stationnaire. Nos repères pour identifier ce que vous avez vu incluent ces critères.
Alors, faut-il dire UAP, PAN ou OVNI ?
Tout dépend du contexte. Sur OVNI France, nous employons les trois :
- OVNI pour l’histoire du phénomène et les témoignages, parce que c’est le mot des témoins et des archives ;
- PAN quand nous parlons des enquêtes du GEIPAN et des cas français ;
- UAP pour les rapports et programmes américains.
Le changement de vocabulaire ne dit rien, en lui-même, de l’origine des phénomènes. Il traduit surtout un changement de méthode : passer du mythe de la soucoupe volante à une démarche d’enquête, qui commence par écarter les explications ordinaires. C’est la même démarche que celle des témoignages de pilotes que nous analysons, et celle que nous appliquons à chaque cas.
Sources
- Office of the Director of National Intelligence, Preliminary Assessment: Unidentified Aerial Phenomena, 25 juin 2021.
- AARO, Report on the Historical Record of U.S. Government Involvement with Unidentified Anomalous Phenomena, vol. 1, mars 2024, et FY2024 Consolidated Annual Report on Unidentified Anomalous Phenomena (avec l’ODNI), 14 novembre 2024.
- NASA, UAP Independent Study Team Final Report, 14 septembre 2023.
- U.S. Department of War, portail PURSUE (war.gov/UFO), première publication le 8 mai 2026.
- CNES / GEIPAN, cnes-geipan.fr, méthodologie de classement des cas.
- Edward J. Ruppelt, The Report on Unidentified Flying Objects, 1956.
- Image d’en-tête : image tirée de la vidéo « GoFast » de l’US Navy. US Department of Defense, domaine public.
Laurent N. est le fondateur et rédacteur d’OVNI France, qu’il a relancé en 2026. Astronome amateur, il observe le ciel à l’œil nu, aux jumelles et à la lunette, et suit depuis longtemps l’histoire de l’ufologie. Sa méthode : séparer le récit du témoin de l’analyse, confronter chaque observation aux explications connues (satellites, avions, astres, phénomènes atmosphériques) et s’appuyer sur les sources publiques – GEIPAN, AARO, NASA, archives nationales. Ni moquerie, ni crédulité.
