Image à la une : Photo : Paul Trent, 1950, domaine public.
De 1952 à 1969, l’armée de l’air américaine a mené la plus longue enquête officielle jamais consacrée aux OVNI : le Project Blue Book. Pendant dix-sept ans, une petite équipe basée dans l’Ohio a recensé et analysé des milliers de signalements. Ses archives, entièrement déclassifiées, restent une mine pour les chercheurs.
Avant Blue Book : Sign et Grudge
Après l’observation du pilote Kenneth Arnold en juin 1947 et l’affaire de Roswell, l’US Air Force lance en 1948 le projet Sign, puis le projet Grudge en 1949. Le premier envisage sérieusement des engins inconnus ; le second adopte une approche beaucoup plus sceptique. En mars 1952, le capitaine Edward Ruppelt prend la tête d’un programme réorganisé, baptisé Blue Book. C’est lui qui popularise le terme « UFO », l’équivalent anglais d’OVNI.
Comment fonctionnait Blue Book
Installé sur la base de Wright-Patterson, le projet reçoit les signalements des bases militaires et du public, les classe et propose une explication : avion, ballon, astre, météore, phénomène atmosphérique ou canular. L’astronome J. Allen Hynek en est le conseiller scientifique pendant toute sa durée. Sceptique au départ, il finit par juger que certains cas méritaient une étude sérieuse et crée ensuite sa célèbre classification des rencontres rapprochées.

Les chiffres : 12 618 cas, 701 non identifiés
À sa fermeture, Blue Book avait recensé 12 618 signalements entre 1947 et 1969. 701 restaient classés « non identifiés ». Les conclusions officielles étaient nettes : aucun OVNI n’avait menacé la sécurité nationale, aucun ne témoignait d’une technologie dépassant les connaissances de l’époque, et rien ne prouvait l’existence de véhicules extraterrestres.
Le rapport Condon
En 1966, l’Air Force confie à l’université du Colorado, sous la direction du physicien Edward Condon, une étude indépendante. Publié en 1969, le rapport conclut que l’étude des OVNI ne ferait probablement pas progresser la science. Ce verdict ouvre la voie à la fermeture de Blue Book, le 17 décembre 1969. Il a été contesté dès sa publication, puis en 1987 par le physicien Peter Sturrock, qui a relevé que plusieurs cas analysés dans le rapport restaient inexpliqués.
La photo de McMinnville
Le 11 mai 1950, dans une ferme de McMinnville, dans l’Oregon, Paul Trent photographie un objet en forme de disque au-dessus de sa propriété. Examinées par l’équipe Condon, ces deux photos comptent parmi les rares cas que l’analyste jugeait compatibles avec la présence d’un objet volant inhabituel. Des analyses ultérieures ont suggéré une petite maquette suspendue à un fil. Elles restent les photos de « soucoupe » les plus étudiées de l’histoire.
Consulter les archives de Blue Book
Environ 130 000 pages de dossiers ont été versées aux Archives nationales américaines. Des copies numérisées sont accessibles en ligne, tout comme les dossiers du FBI, et plusieurs documents de Blue Book figurent dans les fichiers OVNI publiés par le Pentagone en 2026, dont le film de Tremonton. Pour savoir où consulter ces documents, lisez notre guide des archives OVNI dans le monde, et pour la suite de l’histoire, notre dossier sur la déclassification OVNI depuis 2017.
Laurent N. est le fondateur et rédacteur d’OVNI France, qu’il a relancé en 2026. Astronome amateur, il observe le ciel à l’œil nu, aux jumelles et à la lunette, et suit depuis longtemps l’histoire de l’ufologie. Sa méthode : séparer le récit du témoin de l’analyse, confronter chaque observation aux explications connues (satellites, avions, astres, phénomènes atmosphériques) et s’appuyer sur les sources publiques – GEIPAN, AARO, NASA, archives nationales. Ni moquerie, ni crédulité.

