Avions qui s’évanouissent des radars, navires retrouvés sans équipage, boussoles affolées : le triangle des Bermudes est sans doute le mystère le plus célèbre au monde. Des centaines de livres, de films et de documentaires lui ont été consacrés. Mais que sait-on vraiment de cette zone de l’Atlantique Nord ?
Où se trouve le triangle des Bermudes ?
Le triangle est généralement délimité par trois sommets : Miami (Floride), l’archipel des Bermudes et San Juan (Porto Rico). Il n’a aucune existence officielle : ni les cartes marines ni l’Organisation hydrographique internationale ne le mentionnent, et sa superficie varie selon les auteurs, de un à plusieurs millions de kilomètres carrés. C’est l’une des zones maritimes les plus fréquentées de la planète, traversée par le Gulf Stream et par les routes reliant l’Amérique du Nord aux Caraïbes et à l’Europe.
Naissance d’une légende
L’expression apparaît en 1964 dans un article de Vincent Gaddis publié par le magazine américain Argosy. Elle devient un phénomène mondial en 1974 avec le best-seller de Charles Berlitz, Le Triangle des Bermudes, vendu à des millions d’exemplaires. Ses explications font appel à l’Atlantide, à des forces inconnues et aux OVNI.
Les disparitions les plus célèbres
Le vol 19 (1945)
Le 5 décembre 1945, cinq bombardiers-torpilleurs TBM Avenger de l’US Navy décollent de Fort Lauderdale pour un vol d’entraînement. Le chef de patrouille, désorienté, pense survoler les Keys de Floride alors qu’il se trouve probablement au-dessus des Bahamas. Les avions finissent par tomber à court de carburant en pleine mer, de nuit et par mer forte. Un hydravion PBM Mariner parti à leur recherche disparaît lui aussi : ce type d’appareil avait la réputation d’être vulnérable aux fuites de carburant, et un navire signale avoir vu une explosion en vol.
L’USS Cyclops (1918)
Ce charbonnier de l’US Navy disparaît en mars 1918 avec plus de 300 personnes à bord, entre la Barbade et Baltimore. Il transportait une lourde cargaison de minerai de manganèse, avait un moteur endommagé et naviguait dans une zone connue pour ses tempêtes. Aucune épave n’a été retrouvée. C’est l’une des plus lourdes pertes humaines de l’histoire de la marine américaine hors combat.
Le Mary Celeste, un faux cas
Ce navire retrouvé à la dérive sans équipage en 1872 est souvent associé au triangle. En réalité, il a été découvert au large des Açores, à des milliers de kilomètres de là. De nombreux « cas » cités dans les livres se sont déroulés ailleurs, n’ont jamais existé ou ont eu une cause connue.
Les théories extraordinaires
- L’Atlantide : des cristaux énergétiques d’une civilisation engloutie perturberaient les instruments.
- Les OVNI : des extraterrestres enlèveraient navires et avions, ou disposeraient d’une base sous-marine.
- Une faille spatio-temporelle ou un champ magnétique anormal.
Aucune de ces théories ne repose sur des observations vérifiables.
Les explications naturelles
- La météo : tempêtes tropicales, ouragans et grains violents se forment rapidement dans la région.
- Le Gulf Stream : ce courant puissant et rapide peut disperser les débris très vite.
- Les vagues scélérates : ces vagues isolées, bien plus hautes que les autres, peuvent submerger un navire en quelques instants.
- Les hydrates de méthane : des dégagements massifs de gaz depuis les fonds marins pourraient, en théorie, diminuer la flottabilité d’un navire. L’hypothèse est spectaculaire, mais aucun naufrage n’a pu lui être attribué.
- La déclinaison magnétique : dans certaines zones, le nord magnétique et le nord géographique sont alignés, ce qui a pu dérouter des navigateurs habitués à corriger leur boussole.
- L’erreur humaine sur l’une des zones de navigation de plaisance les plus denses au monde.
Que disent les statistiques ?
En 1975, le bibliothécaire américain Larry Kusche publie The Bermuda Triangle Mystery – Solved après avoir repris les sources de chaque disparition : rapports d’enquête, journaux de l’époque, bulletins météo. Il montre que la plupart des cas ont été exagérés, déformés ou inventés. Les garde-côtes américains et l’assureur Lloyd’s de Londres ont par ailleurs indiqué que la zone ne connaît pas un taux d’accidents anormal au regard de son trafic. En clair : il y a beaucoup d’accidents parce qu’il y a beaucoup de navires et d’avions.
Pourquoi le mystère perdure
Le triangle des Bermudes illustre parfaitement la manière dont naît une légende moderne : quelques drames réels, des récits amplifiés, un nom accrocheur et un succès de librairie. Il continue d’inspirer romans, films et documentaires. Pour d’autres énigmes qui ont reçu une explication, découvrez notre dossier sur l’explosion de la Toungouska ou sur la zone 51.
Fondateur et éditeur d’OVNI France. Passionné d’astronomie et d’histoire de l’ufologie, il recueille les témoignages d’observations en France et les confronte aux explications connues (satellites, avions, phénomènes atmosphériques), sans moquerie ni crédulité.
