Image à la une : Image : NASA/Goddard/University of Arizona, domaine public
« Un astéroïde géant va frôler la Terre » : ce genre de titre revient plusieurs fois par an. La plupart du temps, l’objet passe à des millions de kilomètres. Pourtant, le risque d’impact n’est pas une invention : la Terre a déjà été frappée, et les agences spatiales ont commencé à tester des moyens de dévier un astéroïde. Voici ce que l’on sait vraiment, avec les chiffres officiels, et comment faire la part des choses.
Astéroïde, météoroïde, comète : de quoi parle-t-on ?
- Astéroïde : petit corps rocheux ou métallique en orbite autour du Soleil, de quelques mètres à près de 1 000 km. La plupart circulent dans la ceinture principale, entre Mars et Jupiter.
- Météoroïde : fragment plus petit, en général de moins d’un mètre.
- Comète : corps glacé qui développe une chevelure et une queue en s’approchant du Soleil. Quelques-unes viennent même d’une autre étoile, comme l’objet interstellaire 3I/ATLAS.
- Météore : le phénomène lumineux produit quand un météoroïde entre dans l’atmosphère. Une étoile filante, ou un bolide s’il est très brillant.
- Météorite : le fragment qui atteint le sol.
Les frontières sont floues : certains astéroïdes sont d’anciennes comètes épuisées. L’astéroïde (3200) Phaéton, par exemple, est à l’origine des Géminides de décembre, alors que la plupart des pluies d’étoiles filantes, comme les Orionides ou les Léonides, naissent de comètes.

Combien d’astéroïdes croisent l’orbite de la Terre ?
On appelle géocroiseurs (en anglais near-Earth asteroids) les astéroïdes dont l’orbite passe à moins de 45 millions de kilomètres environ de celle de la Terre. Au 30 octobre 2026, le centre d’études des géocroiseurs de la NASA (CNEOS) en recensait :
- 42 867 connus, toutes tailles confondues ;
- 11 692 de plus de 140 m, la taille à partir de laquelle un impact provoquerait des dégâts régionaux ;
- 885 de plus de 1 km, capables de conséquences mondiales. On estime avoir découvert la grande majorité de ces géants, et aucun ne menace la Terre dans le siècle à venir.
Plus de 3 000 nouveaux géocroiseurs sont découverts chaque année, et ce rythme devrait nettement augmenter avec le grand relevé de l’observatoire Vera-C.-Rubin, au Chili, entré en service en 2026.
Les impacts qui ont vraiment eu lieu
| Événement | Taille estimée | Conséquences |
|---|---|---|
| Chicxulub (Mexique), il y a 66 millions d’années | Environ 10 km | Extinction massive, dont celle des dinosaures non aviens |
| Toungouska (Sibérie), 1908 | Quelques dizaines de mètres | Explosion en altitude, 2 000 km² de forêt couchés |
| Tcheliabinsk (Russie), 15 février 2013 | Environ 18 à 20 m | Explosion en altitude, vitres brisées, environ 1 500 blessés |
Les petits objets de quelques mètres entrent dans l’atmosphère plusieurs fois par an sans danger. Ils produisent ces boules de feu spectaculaires dans le ciel que l’on signale parfois comme des OVNI.
Apophis, le rendez-vous du 13 avril 2029
(99942) Apophis mesure entre 340 et 375 m environ selon les estimations. Découvert en 2004, il avait brièvement fait craindre un impact en 2029. Les observations suivantes ont écarté tout risque, pour 2029 comme pour les décennies suivantes.
Il passera néanmoins à moins de 32 000 km de la surface terrestre le vendredi 13 avril 2029, selon l’ESA, soit plus près que les satellites géostationnaires. Un objet de cette taille ne passe aussi près qu’environ une fois tous les quelques milliers d’années. Il devrait être visible à l’œil nu depuis l’Europe et l’Afrique, comme un point lumineux se déplaçant lentement parmi les étoiles. L’ESA prépare la mission Ramses pour l’accompagner pendant ce passage et étudier comment la gravité terrestre le déforme.
2024 YR4 : l’alerte de 2025, puis la Lune
Découvert fin décembre 2024, l’astéroïde 2024 YR4, d’environ 60 m, a brièvement présenté début 2025 une probabilité d’impact avec la Terre de l’ordre de 3 % pour décembre 2032, un record pour un objet de cette taille. De nouvelles mesures ont rapidement ramené ce risque à zéro. Restait une petite chance qu’il percute la Lune. En février 2026, des observations du télescope spatial James-Webb ont affiné son orbite : il passera à environ 22 900 km du centre de la Lune, ce qui exclut tout impact, selon la NASA et l’étude publiée en 2026.
Cet épisode illustre bien le fonctionnement normal de la surveillance : une probabilité monte d’abord, car l’orbite est mal connue, puis chute quand les mesures s’accumulent.
DART et Hera : on sait déjà dévier un astéroïde
Le 26 septembre 2022, la sonde DART de la NASA a percuté volontairement Dimorphos, petite lune de l’astéroïde Didymos. Résultat : sa période orbitale a été raccourcie de 33 minutes, bien au-delà de l’objectif minimal de 73 secondes. C’était la première fois qu’un objet céleste était volontairement dévié par l’humanité.
La sonde européenne Hera, lancée le 7 octobre 2024, arrive auprès de Didymos et Dimorphos début novembre 2026. Après deux manœuvres de freinage en octobre, elle a photographié pour la première fois les deux astéroïdes séparément le 18 octobre, à 1 280 km de distance, selon l’ESA. Dans les mois qui viennent, elle doit mesurer précisément les effets de l’impact : forme du cratère, masse de Dimorphos, modification de son orbite. L’ESA prévoit de dévoiler les premières images détaillées de Dimorphos le 25 novembre 2026.
Comment lire un titre alarmiste
- Regardez la distance : « frôler la Terre » désigne souvent un passage à plusieurs millions de kilomètres. La Lune est à 384 000 km en moyenne.
- Vérifiez la taille : un objet de 10 m qui entrerait dans l’atmosphère se désintégrerait en grande partie.
- Consultez la source : les listes de risque de l’ESA (NEOCC) et de la NASA (CNEOS, Sentry) sont publiques et mises à jour quotidiennement.
- Repérez l’échelle de Turin : de 0 (aucun risque) à 10 (collision certaine aux effets mondiaux). Presque tous les objets sont classés 0.
Astéroïdes et OVNI
Un astéroïde en orbite n’est presque jamais visible à l’œil nu. Seule Vesta, la plus brillante, peut atteindre la limite de visibilité sous un ciel très noir. Ce qu’on voit, ce sont les petits fragments qui brûlent dans l’atmosphère. Ces bolides font partie des phénomènes les plus souvent signalés comme « non identifiés » : une lumière verte ou orange, très rapide, qui se fragmente. Les réseaux de caméras comme FRIPON en France permettent aujourd’hui de reconstituer leur trajectoire et parfois de retrouver des météorites.
La distinction entre observation et interprétation compte ici aussi. Dans notre article sur les UAP, PAN et OVNI, nous expliquons comment les enquêteurs officiels classent ces signalements. Pour les phénomènes lumineux isolés, le guide pour identifier une lumière dans le ciel reste le meilleur point de départ.
Questions fréquentes
Un astéroïde va-t-il frapper la Terre bientôt ?
Aucun astéroïde connu ne présente de risque significatif d’impact dans les cent prochaines années. Le risque vient surtout des objets de taille moyenne qui n’ont pas encore été découverts, d’où l’effort de surveillance.
Peut-on voir Apophis en 2029 depuis la France ?
Selon l’ESA, oui, à l’œil nu dans de bonnes conditions, le soir du 13 avril 2029 et dans les heures suivantes. Les horaires précis seront publiés à l’approche du passage.
Quelle est la différence entre astéroïde et planète naine ?
Une planète naine est assez massive pour avoir pris une forme presque sphérique, sans avoir « nettoyé » son orbite. Cérès, environ 940 km de diamètre, le plus gros objet de la ceinture principale, est classée planète naine depuis 2006.
Sources
- NASA/JPL, Center for Near Earth Object Studies (CNEOS), statistiques au 30 octobre 2026.
- ESA, mission Ramses et passage d’Apophis en 2029 ; mission Hera (premières images séparées de Didymos et Dimorphos, 27 octobre 2026).
- NASA, résultats de la mission DART (2022) ; étude JPL de 2024 sur l’orbite de Dimorphos.
- NASA Science, observations de 2024 YR4 par le télescope James-Webb (mars 2026) ; The Astrophysical Journal Letters (2026).
- ESA, Near-Earth Object Coordination Centre (NEOCC), liste des risques.
- Image d’en-tête : mosaïque de l’astéroïde Bennu réalisée par la sonde OSIRIS-REx. Image : NASA/Goddard/University of Arizona, domaine public.
Laurent N. est le fondateur et rédacteur d’OVNI France, qu’il a relancé en 2026. Astronome amateur, il observe le ciel à l’œil nu, aux jumelles et à la lunette, et suit depuis longtemps l’histoire de l’ufologie. Sa méthode : séparer le récit du témoin de l’analyse, confronter chaque observation aux explications connues (satellites, avions, astres, phénomènes atmosphériques) et s’appuyer sur les sources publiques – GEIPAN, AARO, NASA, archives nationales. Ni moquerie, ni crédulité.

