Image à la une : Photo : Rocky Raybell, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Une lumière intense, verte ou orangée, qui file dans le ciel pendant quelques secondes, se fragmente parfois, puis s’éteint : chaque année, des milliers de Français voient une boule de feu dans le ciel. Les réseaux sociaux s’enflamment, les vidéos de caméras de surveillance circulent, et le mot OVNI apparaît vite. Dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’un bolide, un météore exceptionnellement brillant, ou de la rentrée atmosphérique d’un débris spatial. Voici comment les distinguer et quoi faire si vous en voyez un.
Bolide, météore, météorite : de quoi parle-t-on ?
- Météoroïde : le petit corps rocheux ou métallique qui voyage dans l’espace, d’un grain de poussière à un mètre environ.
- Météore : le phénomène lumineux produit quand il entre dans l’atmosphère, à une centaine de kilomètres d’altitude. C’est l’« étoile filante ».
- Bolide (en anglais fireball) : un météore plus brillant que la planète Vénus, soit une magnitude de −4 ou plus. Les plus puissants, qui dépassent l’éclat de la pleine Lune, sont appelés superbolides.
- Météorite : ce qui reste au sol, quand un fragment survit à la traversée. Cela n’arrive que pour une petite minorité de bolides.
Des bolides, il s’en produit plusieurs milliers chaque jour sur l’ensemble du globe selon l’American Meteor Society, mais la plupart passent au-dessus des océans, de zones inhabitées ou en plein jour. Depuis un point donné de la France, en voir un de ses propres yeux reste un événement.
Comment reconnaître un bolide ?
| Indice | Bolide naturel | Rentrée de débris spatial |
|---|---|---|
| Durée | 1 à 10 secondes | 30 secondes à plusieurs minutes |
| Vitesse apparente | très rapide | lente, « majestueuse » |
| Aspect | une tête brillante, parfois un ou deux éclats finaux | un cortège de nombreux fragments alignés, comme un train |
| Couleurs | verte, bleue, jaune ou orangée | jaune-orangé, avec des étincelles |
| Trajectoire | rectiligne, souvent inclinée vers le sol | quasi horizontale |
| Prévisible ? | non | souvent annoncée par les agences spatiales |
Les couleurs viennent des éléments qui s’évaporent : le sodium donne de l’orangé, le magnésium du bleu-vert, le fer du jaune, et l’oxygène et l’azote de l’air, chauffés, ajoutent du rouge. C’est pourquoi tant de témoins décrivent une « boule verte ».
Certains bolides sont suivis, une à plusieurs minutes plus tard, d’un grondement ou d’une détonation : l’onde de choc, qui voyage à la vitesse du son depuis une altitude de 20 à 50 km. Plus rarement, des témoins rapportent un grésillement simultané, les « sons électrophoniques », dont l’explication physique fait encore débat.

Quand une rentrée de débris affole le pays
Le cas d’école français est celui du 5 novembre 1990. Vers 19 heures, un long cortège de lumières traverse lentement le ciel, de la Bretagne à l’Alsace. Des centaines de témoignages parviennent aux gendarmeries et au SEPRA, l’ancêtre du GEIPAN. Certains témoins décrivent un immense engin triangulaire aux hublots éclairés. L’explication a été établie rapidement : il s’agissait de la rentrée d’un étage de fusée soviétique, lié au lancement du satellite Gorizont. Ce cas est devenu un exemple classique de la façon dont le cerveau relie des points lumineux en une forme solide.
Ce mécanisme est au cœur de nombreux dossiers : face à plusieurs lumières qui se déplacent ensemble, beaucoup de témoins « voient » un objet structuré. C’est aussi l’une des pistes discutées lors de la vague belge des triangles, même si ce dossier est plus complexe.
Les grands bolides récents
- Tcheliabinsk, 15 février 2013 : un astéroïde d’une vingtaine de mètres explose au-dessus de l’Oural. L’onde de choc brise des vitres dans toute la ville et fait environ 1 500 blessés, surtout par des éclats de verre. C’est l’événement de ce type le plus important depuis l’explosion de Toungouska en 1908.
- Normandie, 13 février 2023 : le petit astéroïde 2023 CX1, repéré quelques heures avant son arrivée, se désintègre au-dessus de la Manche. Des fragments sont retrouvés deux jours plus tard à Saint-Pierre-le-Viger, en Seine-Maritime, par une équipe du programme Vigie-Ciel.

Que noter si vous voyez une boule de feu ?
Les minutes qui suivent comptent. Notez aussitôt, avant de lire ce que d’autres ont vu :
- L’heure exacte, à la minute près (celle du téléphone est fiable).
- Votre position précise, et la direction dans laquelle vous regardiez.
- Les points de début et de fin de la trajectoire : direction (nord, sud-est…) et hauteur, en poings tendus au-dessus de l’horizon (un poing vaut environ 10°).
- La durée, en comptant les secondes si vous pouvez la revivre.
- La couleur, les éventuels fragments, la trace laissée, un bruit.
Une vidéo de caméra de voiture ou de surveillance est précieuse, même floue : elle permet de trianguler la trajectoire.
Où signaler un bolide en France ?
- FRIPON / Vigie-Ciel : ce programme de sciences participatives du Muséum national d’Histoire naturelle et de l’Observatoire de Paris s’appuie sur une centaine de caméras plein ciel réparties en France. Vos témoignages l’aident à calculer la trajectoire et, parfois, la zone de chute.
- International Meteor Organization : son formulaire en ligne regroupe les témoignages de toute l’Europe pour un même événement.
- GEIPAN : si vous doutez vraiment qu’il s’agisse d’un phénomène naturel, un signalement peut aussi lui être adressé. Vous pouvez également nous raconter votre observation.
En octobre et novembre, attention aux Taurides
Les Taurides sont un essaim peu fourni, à peine cinq météores par heure, mais réputé pour ses bolides lents et brillants. Actives de fin septembre à début décembre, elles sont liées à la comète 2P/Encke et entrent à une vitesse modérée, autour de 27 à 30 km/s. Les nuits d’automne sont donc propices aux « boules de feu » : si vous observez les Orionides d’octobre, gardez un œil sur tout le ciel.
Sources
- Vigie-Ciel, Le projet FRIPON, et communiqué sur la météorite de Saint-Pierre-le-Viger (février 2023).
- Muséum national d’Histoire naturelle, « Vigie-Ciel trouve une météorite issue de l’astéroïde 2023 CX1 » (16 février 2023).
- International Meteor Organization, Meteor Shower Calendar 2026 ; American Meteor Society, FAQ sur les bolides.
- GEIPAN (CNES), fiches de cas sur les rentrées atmosphériques.
- Image d’en-tête : un bolide des Taurides au-dessus de la réserve de Colville (État de Washington), le 3 novembre 2015. Photo : Rocky Raybell, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
Laurent N. est le fondateur et rédacteur d’OVNI France, qu’il a relancé en 2026. Astronome amateur, il observe le ciel à l’œil nu, aux jumelles et à la lunette, et suit depuis longtemps l’histoire de l’ufologie. Sa méthode : séparer le récit du témoin de l’analyse, confronter chaque observation aux explications connues (satellites, avions, astres, phénomènes atmosphériques) et s’appuyer sur les sources publiques – GEIPAN, AARO, NASA, archives nationales. Ni moquerie, ni crédulité.

