Image à la une : Photo : Thomas Bresson, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Le 10 mai 2024, des milliers de Français ont découvert une chose qu’ils croyaient réservée à la Laponie : une aurore boréale au-dessus de chez eux. Des lueurs roses et vertes ont été photographiées de Lille à Marseille, puis de nouveau en octobre 2024 et en novembre 2025. Ces aurores restent rares sous nos latitudes, mais elles ne sont plus exceptionnelles pendant les années de forte activité solaire. Voici comment elles se forment, quand guetter la prochaine et comment ne pas confondre ces lueurs avec autre chose, ou les prendre pour un OVNI.
Qu’est-ce qu’une aurore boréale ?
Une aurore est une lumière émise par la haute atmosphère, entre 100 et 400 km d’altitude environ. Le Soleil projette en permanence un flux de particules chargées, le vent solaire, et parfois de véritables nuages de plasma : les éjections de masse coronale. Quand l’un de ces nuages atteint la Terre, il perturbe le champ magnétique terrestre. Des électrons sont alors accélérés le long des lignes de champ vers les régions polaires, où ils frappent les atomes d’oxygène et les molécules d’azote. Ceux-ci se désexcitent en émettant de la lumière, un peu comme le gaz d’un tube fluorescent. Les semaines qui entourent les équinoxes de mars et de septembre sont statistiquement un peu plus favorables aux orages magnétiques.
En temps normal, les aurores se forment dans un anneau centré sur le pôle magnétique, l’ovale auroral, qui passe au-dessus de la Norvège, de l’Islande et du Canada. Lors d’une forte tempête géomagnétique, cet ovale s’élargit et descend vers le sud. C’est seulement dans ces cas-là que la France entre dans le jeu.
Pourquoi les aurores vues de France sont rouges ou roses
Les couleurs dépendent du gaz et de l’altitude :
- Vert : l’oxygène entre 100 et 250 km environ. C’est la couleur dominante en Scandinavie.
- Rouge : l’oxygène très haut, au-dessus de 200 à 300 km. Cette émission est faible, mais elle se voit de très loin.
- Rose, mauve, bleu : l’azote, surtout dans la partie basse des draperies lors des épisodes intenses.
Depuis la France, on est en général loin sous l’aurore. On ne voit que son sommet, qui dépasse de l’horizon nord : c’est pour cela que les aurores françaises apparaissent surtout comme une lueur rouge ou rose au nord, parfois traversée de rayons verticaux. Lors des épisodes les plus forts, comme en mai 2024, le vert apparaît aussi et les rayons peuvent monter haut dans le ciel.

À l’œil nu, une aurore faible ressemble souvent à un voile grisâtre ou blanchâtre, car notre vision nocturne perçoit mal les couleurs. Les capteurs des smartphones, en mode nuit, accumulent la lumière pendant plusieurs secondes et révèlent des couleurs bien plus vives. Beaucoup de témoins de mai 2024 n’ont d’ailleurs compris ce qu’ils voyaient qu’en regardant leur écran.
Les grandes aurores récentes visibles en France
| Date | Intensité | Ce qu’on a vu en France |
|---|---|---|
| 10-11 mai 2024 | Tempête G5 (extrême), la première depuis octobre 2003 | Aurores photographiées dans tout le pays, jusqu’en Provence et en Corse, avec du rouge, du rose et du vert |
| 10-11 octobre 2024 | Tempête G4 (sévère) | Lueurs rouges et roses observées dans une large moitié nord, et au-delà par endroits |
| 11-12 novembre 2025 | Tempête G4, indice Kp supérieur à 8 | Aurores dans le nord (baie de Somme) et en montagne dans les Alpes, gênées par des nuages élevés |
L’échelle « G » est celle de l’agence météorologique américaine NOAA : elle va de G1 (mineure) à G5 (extrême). L’épisode de novembre 2025 a suivi une éruption solaire de classe X5.1, mesurée le 11 novembre par la sonde européenne Solar Orbiter, selon le CNRS.
L’histoire en garde d’autres traces. Dans la nuit du 25 au 26 janvier 1938, une aurore rouge sang a été vue dans une grande partie de l’Europe : à plusieurs endroits, on a cru à un gigantesque incendie. Nous revenons sur ces « prodiges » dans notre dossier consacré aux phénomènes célestes qui ont marqué l’histoire.
Quand peut-on voir une aurore boréale en France ?
Il n’y a pas de saison des aurores au sens strict, mais trois conditions doivent se réunir.
1. Une forte tempête géomagnétique
L’indicateur le plus suivi est l’indice Kp, qui va de 0 à 9 et mesure l’agitation du champ magnétique terrestre. D’après les épisodes de 2024 et 2025, il faut en pratique un Kp d’au moins 7 pour espérer une lueur dans le nord de la France, et un Kp de 8 à 9 pour que tout le pays soit concerné. Ce ne sont pas des seuils officiels, mais des ordres de grandeur.
2. Une nuit noire et dégagée
Il faut attendre la fin du crépuscule, un ciel sans nuages vers le nord et, si possible, pas de Lune brillante. Les aurores fortes se produisent souvent en plusieurs vagues d’une quinzaine de minutes à une heure, les « sous-orages », parfois en soirée, parfois vers minuit.
3. Une période d’activité solaire élevée
L’activité du Soleil suit un cycle d’environ 11 ans. En octobre 2024, la NASA et la NOAA ont annoncé que le cycle 25 était entré dans sa phase de maximum. L’activité décroît ensuite lentement, mais les grosses tempêtes ne disparaissent pas d’un coup : les célèbres tempêtes d’Halloween, en 2003, sont survenues plusieurs années après le maximum du cycle précédent. En janvier 2026 encore, une tempête géomagnétique majeure a produit des aurores observées dans toute l’Europe, selon l’Agence spatiale européenne (ESA) : la fin de l’année 2026 et l’année 2027 peuvent donc encore réserver des surprises.
Comment être prévenu et bien observer
- Suivez les prévisions du centre de prévision de la météo spatiale de la NOAA (SWPC), qui publie l’indice Kp prévu sur trois jours, ou le bulletin de l’OFRAME, l’organisation française de météorologie de l’espace. Une éjection de masse coronale met en général un à trois jours pour atteindre la Terre.
- Éloignez-vous des villes et cherchez un horizon nord bien dégagé : colline, plage de la Manche, plateau. En montagne, un sommet aide beaucoup.
- Laissez vos yeux s’habituer à l’obscurité pendant 15 à 20 minutes et évitez l’écran du téléphone en pleine luminosité.
- Photographiez : en mode nuit, ou avec un appareil sur trépied, en pose de 5 à 15 secondes. Le capteur verra souvent l’aurore avant vous.
- Soyez patient : l’activité fluctue. Une lueur qui semble disparaître peut revenir vingt minutes plus tard, plus forte.
Des jumelles astronomiques ne sont pas utiles pour l’aurore elle-même, qui couvre une grande partie du ciel, mais elles restent précieuses pour le reste de la nuit. Et quelques jours après une tempête, le ciel peut aussi offrir une pluie d’étoiles filantes, comme les Orionides d’octobre.
Aurore boréale ou OVNI ? Les confusions possibles
Une aurore, surtout vue de France, peut vraiment surprendre : une lueur rouge immobile au nord, des faisceaux qui montent du sol, des formes qui ondulent lentement. Plusieurs témoins de mai 2024 ont d’abord pensé à un incendie, à un projecteur ou à « quelque chose » au-dessus de l’horizon. Les points suivants permettent de trancher.
- Une aurore est immense : elle couvre des dizaines de degrés d’horizon et se déforme lentement. Un objet lumineux ponctuel qui se déplace n’est pas une aurore.
- Elle est toujours du côté nord sous nos latitudes, sauf lors des épisodes extrêmes où elle peut passer au-dessus de nos têtes.
- Elle coïncide avec une alerte : si aucune tempête géomagnétique n’est en cours, cherchez une autre explication.
Plusieurs lumières peuvent à l’inverse être prises pour des aurores :
- Les serres horticoles éclairées, dont les lampes roses ou orangées se reflètent sous les nuages et créent un dôme coloré au-dessus de l’horizon. Le phénomène est fixe et revient chaque nuit au même endroit.
- Les projecteurs et lasers de discothèques ou d’événements, qui dessinent des faisceaux mobiles sur les nuages.
- Les lumières de villes lointaines sous une couche de nuages bas.
- Les trains de satellites, qui forment des lignes de points en mouvement : c’est un tout autre phénomène, que nous détaillons dans notre article sur les satellites Starlink.
Pour toutes ces lumières inhabituelles, notre guide « qu’ai-je vu dans le ciel ? » propose une méthode pas à pas. Et si, après vérification, votre observation reste inexpliquée, vous pouvez nous signaler ce que vous avez vu ou déposer un témoignage auprès du GEIPAN, le service du CNES chargé des PAN.

Questions fréquentes
Peut-on prévoir une aurore boréale en France plusieurs jours à l’avance ?
Partiellement. On sait qu’une éjection de masse coronale se dirige vers la Terre un à trois jours à l’avance, mais son effet réel dépend de l’orientation de son champ magnétique, qui n’est mesurée qu’environ une heure avant son arrivée par les sondes placées entre la Terre et le Soleil.
Faut-il aller dans le nord de la France ?
Plus on est au nord, plus les chances augmentent. Mais un ciel noir et un horizon nord dégagé comptent souvent davantage que quelques centaines de kilomètres : en mai 2024, les montagnes du Sud ont offert de très belles images.
Une aurore boréale est-elle dangereuse ?
Non, pas pour les personnes au sol. Les tempêtes géomagnétiques peuvent en revanche perturber les satellites, le GPS, les communications radio et, dans les cas extrêmes, les réseaux électriques.
Sources
- NOAA, Space Weather Prediction Center : échelles des tempêtes géomagnétiques et prévisions de l’indice Kp.
- NASA et NOAA, annonce du maximum du cycle solaire 25 (octobre 2024).
- Observatoire de Paris et EOST (université de Strasbourg), bilans des aurores des 10 et 11 mai 2024 en France.
- CNRS Terre & Univers (INSU), éruptions solaires et aurores de novembre 2025.
- ESA, Space Weather Office : suivi de l’épisode de météo spatiale des 18 au 20 janvier 2026.
- OFRAME, bulletins français de météorologie de l’espace.
- Image d’en-tête : aurore boréale au sommet du Salbert, à Belfort, le 11 mai 2024. Photo : Thomas Bresson, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.
Laurent N. est le fondateur et rédacteur d’OVNI France, qu’il a relancé en 2026. Astronome amateur, il observe le ciel à l’œil nu, aux jumelles et à la lunette, et suit depuis longtemps l’histoire de l’ufologie. Sa méthode : séparer le récit du témoin de l’analyse, confronter chaque observation aux explications connues (satellites, avions, astres, phénomènes atmosphériques) et s’appuyer sur les sources publiques – GEIPAN, AARO, NASA, archives nationales. Ni moquerie, ni crédulité.

