Des disques dans le ciel d’une Vierge de la Renaissance, une « bataille céleste » au-dessus de Nuremberg, des silhouettes casquées gravées dans la roche : l’ancien OVNI France consacrait une série entière aux représentations d’objets dans l’art et l’histoire. Ces images sont souvent présentées comme la preuve que des visiteurs venus d’ailleurs observent l’humanité depuis toujours. Que montrent-elles vraiment ?
La « Madonna con San Giovannino »
Ce tableau florentin de la fin du XVe siècle, conservé au Palazzo Vecchio de Florence, montre à l’arrière-plan un homme et son chien regardant un objet ovale lumineux dans le ciel. Pour les historiens de l’art, il s’agit d’un motif classique de l’iconographie de la Nativité : l’annonce faite aux bergers, souvent représentée par un ange ou une nuée lumineuse.
La bataille céleste de Nuremberg (1561)
Une gravure de Hans Glaser, publiée sur une feuille volante, décrit une nuée de sphères, de croix et de cylindres qui se seraient affrontés au-dessus de Nuremberg à l’aube du 14 avril 1561. Beaucoup de chercheurs y voient la description d’un parhélie ou d’un halo complexe, phénomène optique produit par des cristaux de glace qui fait apparaître de faux soleils, des arcs et des croix. À l’époque, ces phénomènes étaient interprétés comme des présages divins, et les feuilles volantes les dramatisaient volontiers.

Les « Sputniks » des fresques chrétiennes
Certaines fresques médiévales de Serbie ou de Géorgie montrent des Soleil et Lune personnifiés, à l’intérieur de disques munis de rayons, parfois comparés à des capsules spatiales. Ce sont des conventions artistiques de l’art byzantin, que l’on retrouve dans des centaines d’œuvres de la même période.
L’art rupestre
Les figures de Tassili n’Ajjer (Algérie), de Val Camonica (Italie) ou de Wandjina (Australie) ont été interprétées comme des astronautes casqués. Les archéologues y voient des représentations de masques, de coiffes rituelles ou d’esprits, en cohérence avec les cultures qui les ont produites. Cette lecture « extraterrestre » a été popularisée dans les années 1960-1970 par des auteurs comme Erich von Däniken, dont les thèses sont rejetées par les archéologues.
Les récits anciens
Chroniques romaines décrivant des « boucliers volants », récits médiévaux de navires dans les nuages, textes indiens évoquant des vimanas : les sources anciennes sont riches en phénomènes célestes. Beaucoup correspondent à des comètes, des météores, des aurores boréales ou des halos, observés sans les outils de compréhension dont nous disposons aujourd’hui. Les « globes de feu » décrits pendant certains orages relèvent sans doute du phénomène de foudre en boule, et les marins voyaient depuis l’Antiquité des lueurs bleutées au sommet des mâts par temps d’orage. Les astronomes suivent aujourd’hui des comètes venues d’autres étoiles, comme la comète interstellaire 3I/ATLAS, sans y voir le moindre engin.
Le ciel de Bâle (1566)

En août 1566, à l’aube, des habitants de Bâle, en Suisse, voient de nombreuses sphères noires se déplacer rapidement devant le Soleil, certaines semblant rougir ou s’enflammer. L’événement est relaté par Samuel Coccius dans une feuille volante. Comme pour Nuremberg, les historiens des sciences y voient un phénomène atmosphérique observé à contre-jour au lever du soleil, puis amplifié par le goût de l’époque pour les présages.
Le Baptême du Christ d’Aert de Gelder (1710)
Ce tableau du peintre néerlandais Aert de Gelder, conservé au Fitzwilliam Museum de Cambridge, montre un disque lumineux d’où partent des rayons vers le Christ. Souvent cité comme un « OVNI » dans l’art, il représente en réalité la lumière divine et la colombe du Saint-Esprit, motif traditionnel des scènes de baptême depuis le Moyen Âge.
Comment analyser une image « OVNI » ancienne
- Replacer l’œuvre dans son époque et son genre : peinture religieuse, feuille volante, chronique.
- Vérifier la source : beaucoup d’images qui circulent en ligne sont recadrées, retouchées ou attribuées à tort.
- Comparer avec d’autres œuvres du même artiste ou sur le même thème, où le motif apparaît souvent sous une forme plus explicite.
- Chercher dans les chroniques un phénomène naturel daté : comète, halo, éclipse de Soleil ou nuages lenticulaires, ronds comme des soucoupes.
Pourquoi ces images fascinent
Elles rappellent que nos ancêtres observaient attentivement le ciel et cherchaient à donner un sens à ce qu’ils y voyaient, exactement comme les témoins d’aujourd’hui. Relire ces œuvres dans leur contexte n’enlève rien à leur beauté. Pour une approche moderne de ce que l’on peut voir dans le ciel, consultez notre guide Qu’ai-je vu dans le ciel ? et, pour le célèbre épisode de 1908, notre dossier sur la Toungouska. Les objets sacrés ont aussi leurs énigmes, à l’image du Saint-Suaire conservé à Turin. L’histoire moderne des OVNI commence, elle, en 1947 : en France, elle culmine avec la grande vague d’observations de l’automne 1954.
Laurent N. est le fondateur et rédacteur d’OVNI France, qu’il a relancé en 2026. Astronome amateur, il observe le ciel à l’œil nu, aux jumelles et à la lunette, et suit depuis longtemps l’histoire de l’ufologie. Sa méthode : séparer le récit du témoin de l’analyse, confronter chaque observation aux explications connues (satellites, avions, astres, phénomènes atmosphériques) et s’appuyer sur les sources publiques – GEIPAN, AARO, NASA, archives nationales. Ni moquerie, ni crédulité.

