La comète interstellaire 3I/ATLAS photographiée par le télescope spatial Hubble le 30 novembre 2025

3I/ATLAS : la comète interstellaire qui a traversé le Système solaire

Image à la une : Image : NASA, ESA, STScI, D. Jewitt (UCLA), M.-T. Hui, domaine public, via Wikimedia Commons

Le 1er juillet 2025, un télescope du réseau ATLAS installé à Río Hurtado, au Chili, repère un point flou qui file trop vite pour appartenir au Système solaire. En quelques jours, les calculs le confirment : cet objet vient d’une autre étoile. Baptisé 3I/ATLAS, il devient le troisième objet interstellaire jamais observé, après ʻOumuamua en 2017 et la comète Borisov en 2019. Il a aussi relancé la question qui revient à chaque visiteur venu d’ailleurs : et si c’était une sonde extraterrestre ?

Voici ce que l’on sait de la comète 3I/ATLAS, ce que les grands télescopes ont mesuré, et pourquoi les astronomes concluent qu’il s’agit bien d’une comète naturelle.

Que veut dire « 3I/ATLAS » ?

Le nom suit les règles de l’Union astronomique internationale. Le « 3 » indique que c’est le troisième objet de ce type. Le « I » signifie « interstellaire ». « ATLAS » désigne le programme qui l’a découvert, l’Asteroid Terrestrial-impact Last Alert System, un réseau de télescopes financé par la NASA pour repérer les astéroïdes dangereux. Ses prédécesseurs s’appellent donc 1I/ʻOumuamua et 2I/Borisov.

Comment sait-on qu’il vient d’une autre étoile ?

Tout se joue sur la trajectoire. Les comètes du Système solaire décrivent des ellipses autour du Soleil, parfois très allongées. 3I/ATLAS suit au contraire une hyperbole : son excentricité est proche de 6, alors qu’une orbite liée au Soleil reste inférieure à 1. Sa vitesse, environ 58 km/s loin du Soleil, est bien trop élevée pour qu’il soit retenu par la gravité solaire. Il est arrivé de la direction du Sagittaire, a traversé le Système solaire intérieur et repart définitivement vers l’espace interstellaire.

Schéma de la trajectoire hyperbolique de 3I/ATLAS à travers le Système solaire
La trajectoire hyperbolique de 3I/ATLAS (en blanc) comparée aux orbites des planètes. L’objet traverse le Système solaire sans être capturé par le Soleil. Schéma : NASA/JPL-Caltech, domaine public, via Wikimedia Commons.

Certaines études, fondées sur sa vitesse et sa direction d’arrivée, suggèrent qu’il pourrait provenir d’une population d’étoiles anciennes du disque épais de la Voie lactée. Il serait alors plus vieux que le Soleil lui-même. Cette estimation reste statistique : on ne connaît pas l’étoile d’origine.

Les grandes dates de son passage

DateÉvénement
1er juillet 2025Découverte par ATLAS (Chili)
6 août 2025Premières observations du télescope spatial James-Webb
3 octobre 2025Passage à environ 29 millions de km de Mars, observé par des sondes en orbite martienne
Fin octobre 2025Périhélie, à environ 1,36 unité astronomique du Soleil
19 décembre 2025Plus grande proximité avec la Terre, à environ 270 millions de km
16 mars 2026Passage à environ 54 millions de km de Jupiter

À aucun moment la trajectoire de 3I/ATLAS n’a représenté un danger : la distance minimale à la Terre équivalait à près de deux fois la distance Terre-Soleil. Lors du périhélie, la comète se trouvait de l’autre côté du Soleil, hors de portée des télescopes terrestres. Les sondes spatiales ont alors pris le relais.

Ce que la NASA et l’ESA ont observé

Rarement un objet aussi lointain aura été autant scruté. Hubble a estimé la taille du noyau, qui mesurerait moins de quelques kilomètres, caché dans une chevelure de poussière. James-Webb a mesuré une coma très riche en dioxyde de carbone, avec de l’eau et du monoxyde de carbone. Autour de Mars, les caméras de l’orbiteur européen ExoMars TGO, de Mars Express et de l’orbiteur américain MRO ont photographié le passage de la comète. Plus tard, la sonde Juice, en route vers Jupiter, l’a également observée.

Image profonde de la comète 3I/ATLAS et de sa chevelure prise par le télescope Gemini Nord
Image profonde de la comète interstellaire 3I/ATLAS prise par le télescope Gemini Nord (Maunakea, Hawaï), avec sa chevelure et sa queue de poussière. Photo : International Gemini Observatory/NOIRLab, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

Les télescopes du sol ont aussi détecté du nickel dans la chevelure, avec très peu de fer. Ce détail a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Il n’a pourtant rien d’exotique : en 2021, une étude publiée dans Nature avait déjà trouvé des vapeurs de nickel et de fer autour de nombreuses comètes du Système solaire, même loin du Soleil.

3I/ATLAS, un vaisseau extraterrestre ?

L’astrophysicien de Harvard Avi Loeb, déjà connu pour son hypothèse d’une voile solaire artificielle à propos d’ʻOumuamua, a listé plusieurs « anomalies » : une trajectoire presque alignée sur le plan des planètes, une activité inhabituelle, une queue orientée vers le Soleil (anti-queue), la présence de nickel. Il a présenté l’hypothèse d’une technologie extraterrestre comme une possibilité à ne pas exclure. Les requêtes « 3I/ATLAS extraterrestre » ont bondi à l’automne 2025.

Chacune de ces particularités a pourtant reçu une explication naturelle :

  • L’alignement sur le plan des planètes est peu probable, mais pas impossible. Il faut aussi tenir compte d’un biais : les programmes de surveillance scrutent surtout cette région du ciel.
  • L’activité s’explique par une glace très riche en CO₂, qui se sublime plus loin du Soleil que la glace d’eau.
  • L’anti-queue est un effet de perspective et de grosses poussières, déjà observé sur des comètes ordinaires.
  • Le nickel est présent dans de nombreuses comètes, comme on l’a vu.

La NASA décrit 3I/ATLAS comme une comète, et les données spectroscopiques de James-Webb, de Hubble et des grands observatoires correspondent à un objet glacé naturel. Une hypothèse n’est pas une preuve : aucune mesure publiée n’a montré de signal radio, de manœuvre ou de structure artificielle. C’est la même règle que nous appliquons aux rencontres rapprochées et aux phénomènes aérospatiaux non identifiés : l’inconnu ne vaut pas démonstration.

ʻOumuamua et Borisov, les deux précédents

Le premier objet interstellaire, ʻOumuamua, a été découvert le 19 octobre 2017 par le télescope Pan-STARRS, à Hawaï. Son nom signifie à peu près « éclaireur venu de loin » en hawaïen. Il était déjà en train de s’éloigner et n’a été suivi que quelques semaines. Il ne montrait pas de chevelure visible, avait une forme probablement très allongée et une légère accélération non gravitationnelle. En 2018, Avi Loeb et Shmuel Bialy ont évoqué une voile solaire artificielle. En 2023, une étude parue dans Nature a proposé une explication naturelle : le dégazage d’hydrogène piégé dans la glace, suffisant pour produire cette poussée sans chevelure visible.

L’objet interstellaire ʻOumuamua, point lumineux au centre d’un champ d’étoiles étirées
ʻOumuamua photographié le 28 octobre 2017 par le télescope William-Herschel aux Canaries : l’objet est le point central, les étoiles apparaissent en traits à cause du suivi. Image : Alan Fitzsimmons (Queen’s University Belfast), Isaac Newton Group, domaine public, via Wikimedia Commons.

Le deuxième, 2I/Borisov, a été repéré le 30 août 2019 par l’astronome amateur Guennadi Borissov, en Crimée, avec un télescope qu’il avait construit lui-même. Lui ressemblait à une comète classique, avec une chevelure et une queue bien visibles, et un gaz très riche en monoxyde de carbone.

Pourquoi ces visiteurs passionnent les astronomes

Un objet interstellaire est un échantillon gratuit d’un autre système planétaire. En mesurant sa composition, on compare la chimie de sa région natale à celle de notre Système solaire. Les trois objets connus sont déjà très différents, ce qui suggère une grande diversité. L’observatoire Vera-Rubin, au Chili, qui a livré ses premières images en 2025 et a lancé en 2026 son relevé de dix ans de tout le ciel austral, devrait en détecter plusieurs par décennie. L’ESA prépare de son côté la mission Comet Interceptor, conçue pour attendre dans l’espace un objet vierge et aller à sa rencontre.

Pouvait-on voir la comète 3I/ATLAS depuis la France ?

Pas à l’œil nu. Même à son maximum, la comète 3I/ATLAS visible depuis la Terre restait un objet faible, accessible aux télescopes d’amateurs d’au moins 20 cm de diamètre et surtout à la photographie en pose longue. Les nombreuses « photos » de boule lumineuse qui ont circulé étaient des images retouchées, des objets confondus ou des planètes. Si vous voyez une lumière très brillante et rapide dans le ciel, pensez plutôt à une boule de feu provoquée par un bolide ou à un passage de l’ISS.

Questions fréquentes

3I/ATLAS va-t-il revenir ?

Non. Sa trajectoire hyperbolique l’emporte définitivement hors du Système solaire. Il faudra attendre la découverte de nouveaux objets interstellaires, que Vera-Rubin devrait rendre plus fréquente.

3I/ATLAS a-t-il menacé la Terre ?

Non. Il est passé à plus de 260 millions de kilomètres de nous. Les vrais enjeux de défense planétaire concernent des astéroïdes géocroiseurs comme Apophis, suivis pendant des années.

Quelle est la différence entre une comète et un astéroïde interstellaire ?

Une comète dégaze : ses glaces se subliment et forment une chevelure et une queue. Un astéroïde est un corps rocheux inactif. 3I/ATLAS et Borisov étaient des comètes ; ʻOumuamua, sans chevelure visible, reste un cas intermédiaire.

Sources

  • NASA Science, « Comet 3I/ATLAS » (pages et communiqués 2025-2026).
  • ESA, « Comet 3I/ATLAS – frequently asked questions » et observations d’ExoMars TGO, Mars Express et Juice.
  • Minor Planet Center, MPEC 2025-N12 (découverte, juillet 2025).
  • Manfroid et al., « Iron and nickel atoms in cometary atmospheres even far from the Sun », Nature, 2021.
  • Bergner et Seligman, « Acceleration of 1I/ʻOumuamua from radiolytically produced H₂ in H₂O ice », Nature, 2023.
  • Cordiner et al., observations JWST/NIRSpec de 3I/ATLAS, août 2025.
  • NSF–DOE Vera C. Rubin Observatory, « Action! NSF–DOE Vera C. Rubin Observatory Begins Capturing the Greatest Cosmic Movie Ever Made », 30 juin 2026 (début du relevé LSST).
  • Image d’en-tête : la comète 3I/ATLAS vue par Hubble le 30 novembre 2025. Image : NASA, ESA, STScI, D. Jewitt (UCLA), M.-T. Hui, domaine public, via Wikimedia Commons.

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