Image à la une : Dimorphos vu par la sonde DART de la NASA juste avant l’impact du 26 septembre 2022 (composite des 10 dernières images). Ce n’est pas l’image de Hera. Crédit : NASA/Johns Hopkins APL, via Wikimedia Commons, domaine public.
La sonde européenne Hera distingue pour la première fois les deux astéroïdes qu’elle vient étudier : Didymos et sa petite lune Dimorphos, celle que la sonde DART de la NASA a percutée en 2022. L’Agence spatiale européenne (ESA) a publié ce cliché le 27 octobre 2026 et annonce les premières images détaillées de Dimorphos pour le 25 novembre.
Ce que montre la première image de Hera
L’image a été prise dans la soirée du 18 octobre 2026 par l’Asteroid Framing Camera, la caméra monochrome principale de Hera, à 1 280 km du couple d’astéroïdes. Le système Didymos se trouvait alors à environ 197 millions de kilomètres de la Terre. On y voit deux points séparés.
Dimorphos n’occupe qu’un pixel environ. C’est peu, mais suffisant : jusque-là, la caméra ne voyait qu’un seul point lumineux. Lors de sa première détection, publiée le 7 octobre, Hera observait Didymos depuis près de 236 500 km, et l’objet était plus petit qu’un pixel.
« Avec cette image, le petit astéroïde Dimorphos devient visible pour la première fois. […] Même s’il ne fait qu’un pixel environ, il est nettement séparé de son corps parent. »
Michael Küppers, responsable scientifique de la mission Hera à l’ESA
Ce résultat suit les manœuvres de freinage réalisées en octobre : deux allumages des moteurs, à une semaine d’intervalle, ont ramené la vitesse de la sonde à 20 m/s par rapport aux astéroïdes. Hera peut désormais s’approcher par petites étapes contrôlées.
Didymos et Dimorphos en chiffres
Didymos est un astéroïde double. Le corps principal et sa lune sont très inégaux, ce qui explique qu’il ait fallu attendre l’approche finale pour les séparer à l’image.
- Didymos : environ 780 m de diamètre, un peu moins que la hauteur de la tour Burj Khalifa.
- Dimorphos : environ 151 m, la taille de la grande pyramide de Gizeh.
- Distance entre les deux : 1,15 km en moyenne.
- Vitesse orbitale de Dimorphos : environ 18 cm/s autour de Didymos.
Ces valeurs viennent de l’ESA. La NASA indique pour sa part environ 160 m pour Dimorphos, un objet de forme allongée.
Pourquoi Dimorphos intéresse autant les scientifiques
Dimorphos est le premier objet du Système solaire dont l’orbite a été modifiée de façon mesurable par une action humaine. Le 26 septembre 2022, la sonde DART l’a percuté à 6,1 km/s. Le choc a raccourci d’environ 33 minutes la durée de son orbite autour de Didymos et projeté un panache de débris sur quelque 10 000 km.
Cette déviation a été bien plus forte que ne le prévoyaient les simulations. Plusieurs questions restent ouvertes, et c’est le travail de Hera d’y répondre. L’impact a-t-il creusé un cratère ou remodelé tout l’astéroïde ? Quelle est la masse de Dimorphos, sa composition, sa structure interne ? Sans ces mesures, la technique de l’impacteur cinétique reste une démonstration réussie, pas encore une méthode de défense planétaire maîtrisée. Pour situer l’enjeu, on peut relire ce que l’on sait des géocroiseurs, d’Apophis à 2024 YR4 ou l’explosion de la Toungouska en 1908, qui rappelle ce que peut produire un petit corps céleste en entrant dans l’atmosphère.
La suite de la mission : images détaillées le 25 novembre
« Nos vues vont devenir beaucoup plus nettes à mesure que Hera se rapproche », indique Ian Carnelli, responsable de la mission à l’ESA. L’agence a fixé une date : les premières images détaillées de Dimorphos seront dévoilées le 25 novembre 2026.
Au cours des mois suivants, Hera mènera ce que l’ESA appelle une « enquête sur le lieu de l’accident ». Elle larguera deux petits satellites de la taille d’une boîte à chaussures. Milani analysera la lumière réfléchie par la surface pour en déduire les matériaux. Juventas réalisera le premier sondage radar de l’intérieur d’un astéroïde, jusqu’à 100 m de profondeur, avant de tenter de se poser sur Dimorphos.
Hera a été lancée le 7 octobre 2024 depuis Cap Canaveral, en Floride, et a survolé Mars au printemps 2025 pour ajuster sa trajectoire. Elle rejoint une série de missions européennes qui observent les petits corps du Système solaire, comme le télescope Euclid avec sa première comète découverte, C/2026 S1.
Peut-on voir Didymos ou Hera dans le ciel ?
Non, pas à l’œil nu. À près de 200 millions de kilomètres, ni l’astéroïde ni la sonde ne sont visibles depuis la Terre sans un instrument professionnel. Une lueur rapide traversant le ciel ces jours-ci n’a donc aucun rapport avec cette mission : il s’agit le plus souvent d’un météore, et notre guide aide à distinguer un bolide d’un débris spatial.
Sources
- ESA, « First light: Hera resolves two asteroids instead of one », 27 octobre 2026 : esa.int
- ESA, « Hera’s first view of the separate Didymos and Dimorphos asteroids » (image) : esa.int
- ESA, « Destination sighted: Hera’s first glimpse of Didymos », 7 octobre 2026 : esa.int
- ESA, « Braking news! Time for ESA’s Hera asteroid mission to go slow » : esa.int
- ESA, « Hera’s CubeSats » (Milani et Juventas) : esa.int
- NASA, mission DART : science.nasa.gov
Laurent N. est le fondateur et rédacteur d’OVNI France, qu’il a relancé en 2026. Astronome amateur, il observe le ciel à l’œil nu, aux jumelles et à la lunette, et suit depuis longtemps l’histoire de l’ufologie. Sa méthode : séparer le récit du témoin de l’analyse, confronter chaque observation aux explications connues (satellites, avions, astres, phénomènes atmosphériques) et s’appuyer sur les sources publiques – GEIPAN, AARO, NASA, archives nationales. Ni moquerie, ni crédulité.

