Le suaire de Turin : relique, énigme scientifique ou œuvre médiévale ?

Conservé dans la cathédrale de Turin, en Italie, un drap de lin d’environ 4,4 mètres sur 1,1 mètre porte la double empreinte, de face et de dos, d’un homme présentant les traces d’une flagellation et d’une crucifixion. Pour de nombreux croyants, il s’agit du linceul qui a enveloppé le corps de Jésus. Pour la science, c’est l’un des objets les plus étudiés au monde. Le suaire de Turin reste une énigme, notamment sur la façon dont son image s’est formée.

Une histoire qui commence en Champagne

Le suaire apparaît pour la première fois de façon certaine dans les archives au milieu du XIVe siècle, à Lirey, dans l’Aube, dans une collégiale fondée par le chevalier Geoffroi de Charny. En 1389, l’évêque de Troyes, Pierre d’Arcis, écrit au pape que l’image a été peinte et que l’artiste l’a reconnu. Le linceul passe ensuite à la maison de Savoie, qui le conserve à Chambéry, où il est endommagé par un incendie en 1532, puis le transfère à Turin en 1578. Il appartient au Saint-Siège depuis 1983. Il n’est montré au public que lors de rares ostensions.

1898 : le négatif photographique

En 1898, l’avocat et photographe italien Secondo Pia photographie le suaire. En développant ses plaques, il découvre que le négatif montre une image beaucoup plus lisible et réaliste que le drap lui-même : l’image du tissu se comporte comme un négatif photographique. Cette découverte relance l’intérêt pour la relique.

1988 : la datation au carbone 14

En 1988, trois laboratoires indépendants, à Oxford, Zurich et Tucson, datent un échantillon du tissu par le carbone 14. Leurs résultats, publiés dans la revue Nature en 1989, situent la fabrication du lin entre 1260 et 1390, ce qui concorde avec la première mention historique du suaire. Les partisans de l’authenticité contestent le résultat : selon eux, l’échantillon aurait été prélevé dans une zone réparée au Moyen Âge, ou contaminé par l’incendie de 1532 et les manipulations. Ces objections sont débattues depuis, sans qu’une nouvelle datation ait été autorisée.

Comment l’image s’est-elle formée ?

  • Une peinture ou un frottis : les analyses n’ont pas mis en évidence de couche de pigments suffisante pour expliquer l’image, mais certains chercheurs ont obtenu des reproductions approchantes avec des techniques médiévales.
  • Une empreinte par contact ou par chauffage d’un bas-relief.
  • Une réaction chimique entre les substances d’un corps et le tissu.
  • Un rayonnement : certains défenseurs de l’authenticité y voient la trace d’un phénomène inconnu, hypothèse invérifiable scientifiquement.

L’image ne concerne que la toute surface des fibres, ce qui la rend difficile à reproduire à l’identique. C’est l’un des arguments qui entretiennent le mystère.

La position de l’Église

L’Église catholique ne s’est jamais prononcée officiellement sur l’authenticité du suaire. Elle le présente comme une « icône » invitant à la méditation, et non comme une relique certifiée. Les ostensions attirent néanmoins des millions de pèlerins.

Pour aller plus loin

Le suaire de Turin fait partie de ces énigmes où histoire, science et croyance se croisent. Retrouvez d’autres dossiers dans notre rubrique Mystères et énigmes, comme le triangle des Bermudes ou les crop circles.

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